Les turlupinades pédagogiques de l'inspectrice Jargonos

Les turlupinades pédagogiques de l'inspectrice Jargonos
Il s'agit d'un texte célèbre d'Eric Orsena, tiré de l'un de ses ouvrages, "la grammaire est une chanson douce", 2001 (poche). je vous le livre in extenso :
"Le personnage qui, ce matin-là de mars, entra dans notre classe, aux côtés de Monsieur Besançon, le principal, n'avait que la peau sur les os. Homme ou femme ? Impossible de savoir, tant la sécheresse l'emportait sur tout autre caractère.
- Bonjour dit le principal. Madame Jargonos, se trouve aujourd'hui dans nos murs pour effectuer la vérification pédagogique réglementaire.
- Ne perdons pas de temps !
D'un premier geste, la visiteuse renvoya Monsieur Besançon (lui d'ordinaire si sévère, je ne l'avais jamais vu ainsi : tout miel et courbettes). D'un second, elle fit signe à notre chère Laurencin.
- Reprenez. Où vous en étiez. Et surtout : faites comme si je n'étais pas là !
Pauvre mademoiselle ! Comment parler normalement devant un tel squelette ? Laurencin se tordit les mains, inspira fort, et vaillante, se lança :
- Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure ;
Un loup survient à jeun, qui cherchait
aventure.
Un agneau... L'agneau est associé, vous le savez, à la douceur, à l'innocence. Ne dit-on pas doux comme un agneau, innocent comme un agneau qui vient de naître ? D'emblée, on imagine un paysage calme, tranquille... Et l'imparfait confirme cette stabilité. Vous vous souvenez ? Je vous l'ai expliqué en grammaire : l'imparfait est le temps de la durée qui s'étire, l'imparfait, c'est du temps qui prend son temps... Vous et moi, nous aurions écrit : Un agneau buvait. La Fontaine a préféré Un agneau se désaltérait... Cinq syllabes, toujours l'effet de longueur, on a tout son temps, la nature est paisible... Voilà un bel exemple de la "magie des mots". Oui. Les mots sont de vrais magiciens. Ils ont le pouvoir de faire surgir à nos yeux des choses que nous ne voyons pas. Nous sommes en classe, et par cette magie merveilleuse, nous nous retrouvons à la campagne, contemplant un petit agneau blanc qui...
Jargonos s'énervait. Ses ongles vernissés de violet griffaient la table de plus en plus fort.
- Je vous en prie, mademoiselle, nous n'avons que faire de vos enthousiasmes !
Laurencin jeta un bref regard par la fenêtre, comme pour appeler à l'aide, et reprit :
- La Fontaine joue comme personne avec les verbes. Un loup "survient" : c'est un présent. On aurait plutôt attendu le passé simple : un loup "survint". Qu'apporte ce présent ? Un sentiment accru de menace. C'est maintenant, c'est tout de suite. Le calme de la première phrase est rompu net. Le danger s'est installé. Il survient. On a peur.
- Je vois, je vois... De l'imprécis, de l'à-peu-près... De la paraphrase alors qu'on vous demande de sensibiliser les élèves à la construction narrative : qu'est-ce qui assure la continuité textuelle. À quel type de progression thématique a-t-on ici affaire ? Quelles sont les composantes de la situation d'énonciation ? A-t-on affaire à du récit ou à du discours ? Voilà ce qu'il est fondamental d'enseigner !
Le squelette Jargonos se leva.
- ... Pas la peine d'en entendre plus. Mademoiselle, vous ne savez pas enseigner. Vous ne respectez aucune des consignes du ministère. Aucune rigueur, aucune scientificité, aucune distinction entre le narratif, le descriptif et l'argumentatif.
Inutile de dire que, pour nous, cette Jargonos parlait chinois. Telle semblait d'ailleurs l'opinion de Laurencin.
- Mais, madame, ces notions ne sont-elles pas trop compliquées ? Mes élèves n'ont pas douze ans et ils sont en sixième !
- Et alors ? Les petits Français n'ont pas droit à la science exacte ?
La sonnerie interrompit leur dispute.
La femme squelette s'était assise au bureau et remplissait un papier qu'elle tendit à notre chère mademoiselle en larmes.
- Ma chère, vous avez besoin au plus vite d'une bonne remise à jour. Vous tombez bien : un stage commence demain. Vous trouverez, sur ce formulaire, l'adresse de l'institut qui va s'occuper de vous. Allez, ne pleurnichez pas, une semaine de soins pédagogiques et vous saurez comment procéder dorénavant.
Elle grimaça un "au revoir".
Nous ne lui avons pas répondu.
Accompagnée de Besançon, qui l'attendait dans le couloir, toujours aussi miel et courbettes, Madame Jargonos s'en est allée torturer ailleurs."

# Posté le dimanche 21 janvier 2007 09:09

Naît Sans

Naît Sans
Perdu en apnée
Suffoquant d'air épais
Comme un nouveau né
D'une antre sans attrait

Tombant dans la lie
On saute des nuages
Comme un oiseau sans vie
Qui ne veut plus d'âge

Gravé dans sa main
La bague d'un jour
Comme un soir sans demain
Ruisselle son amour

Libéré dans ma nuit
Je nivelle mes sens
Comme un chant qui s'enfuit
Dans un vent d'indifférence

# Posté le mardi 21 novembre 2006 18:18

Modifié le mardi 21 novembre 2006 18:29

Guedbralec

Guedbralec
Ca fait bien longtemps que je n'ai rien mis de nouveau sur ce blog. Pas eu le temps, un calendrier un peu chargé (si si madame Royale, certains profs travaillent de temps en temps sans pour autant s'enrichir avec Acadomachin)... je vais essayer d'intervenir un peu plus souvent; après tout, année electorale oblige, les blogs fleurissent de partout , aux armes citoyens blogueurs... Petite réponse aux curieux qui se demandent d'où vient ce pseudo guedbralec.. il remonte à fort fort lointain (hein Shrek!). Il m'accompagne depuis 20 ans... Petite histoire d'une vie passée : pendant trois ans, l'été, de 20 a 23 ans, j'ai été moniteur de colo en Angleterre, petit job sympa, un des declics d'ailleurs qui m'ont amené à devenir prof. Une de mes collègues animatrices faisait du spiristisme depuis longtemps et nous a initié au jeu du ouija (un verre et des lettres). Quelque peu sceptique mais amusé, j'aim pris la chose comme un jeu de société (il vaut mieux). Et j'ai vu défiler (paraît-il) mes "vies antérieures" (Haréééé krishnaaaaa) dont un druide celte du IIIè siècle av JC dénommé Guedbralec. Ce nom m'a plu instinctivement et bien des années tard resurgit des limbes de ma mémoire. Je profite d'ailleurs ici pour déconseiller formellement aux adolescents la pratique du spiritisme même de manière "fun". J'ai vu des personnes fragiles s'autodétruire ou développer une addiction malsaine à ce genre de pratique. J'ai toujours considéré cette expérience avec un oeil critique et decalé sans jamais le prendre vraiment au sérieux. Quant à la question de la réincarnation, car c'est tout de même de cela qu'il s'agissait, j'avoue que le principe me séduit, tant la mort m'est une chose inéluctable et donc insupportable. Alors une vie pour solder les comptes de la précédente? Why not. Et voilà l'origine de ce fameux pseudo. La vie est une chose merveuilleuse et je profite de chaque instant, de chaque petits plaisirs qu'elle peut offrir, le petit café du matin, le regard lunaire d'un chat perché sur une bibliothèque, la lecture d'un journal, le sourire d'une amie, le contact d'une main qui vous gratouille distraitement le bras, un cours réussi, un fou rire, une crème brûlée, la lecture d'un livre qui vous fait vibrer, un film qui vous fait pleurer, l'extase de toutes les première fois... La vie est trop courte pour broyer du noir ou pour s'attarder sur ses malheurs. Vivre et agir. Agir.. pour vivre pleinement. Et c'est peut être la conscience de la mort qui nous fait tant aimer vivre.

# Posté le mardi 21 novembre 2006 18:09

Les mots pour le dire ou Voltaire réveille toi, ils sont devenus fous...

Les mots pour le dire ou Voltaire réveille toi, ils sont devenus fous...
Au lycée de Gisors, une professeure est depuis quelque jour prise dans une nasse kafkaïenne de lâcheté, de violence et d'ignorance. Un mot mal compris, mal perçu, déformé, utilisé, et en substance, totalement ignoré : "ghetto". Plusieurs filles perturbent un cours de français. La professeure demande le calme. Devant le bruit qui reprend de plus belle, elle demande aux filles de se séparer. Réponse de ces dernières : "il y a des tables de blancs, pourquoi pas des tables de noirs". On est ici non dans la provocation purement communautariste, mais dans l'utilisation perverse du problème -réel- de l'intégration à des fins de confort et de défi à l'autorité d'un professeur et au calme qui doit régner dans un cours. La réponse de l'enseignante est pleine de bon sens, et se veut pédagogique : "Non, cela ferait un peu ghetto". Elle utilise ce mot justement pour dénoncer la manière dont pourrait être perçue une minorité. Les filles en question saute sur ce terme en l'assimilant à une injure raciste, ce qui est un non sens et surtout un contre sens total. Tollé général et sortie véhémente de ces jeunes filles qui vont se plaindre à l'administration. Le proviseur, contre tout bon sens et surtout de façon totalement partiale et si peu professionnelle, n'écoute que la version des jeunes filles sans même ENTENDRE celle du professeur. Une telle réaction laisse pantois le professeur que je suis et le fonctionnaire représentant l'Etat, la justice républicaine et l'équité. Des excuses sont présentées aux familles des perturbatrices. Un comble! Celles-ci d'ailleurs seront déboutées de leur plainte à la gendarmerie, le terme "ghetto" ne constituant évidemment pas une injure à caractère raciste. Les professeurs du lycée se sont mobilisés devant cette injustice flagrante par une journée de grève, et le proviseur a -très légèrement- infléchi son discours. Il n'en reste pas moins que cette histoire est révélatrice de l'esprit munichois qui règne parmi un certain nombre de chef d'établissement. Cette démission face à l'intolérance, au communautarisme et au danger terroriste rappelle en effet l'attitude lâche de la communauté internationale dans les années trente devant la montée de l'agressivité allemande, lâcheté collective qui culmina en septembre 1938 à la conférence de Munich lorsque les chefs d'Etats anglais et français abandonnèrent la Bohème Moravie à l'insatiable volonté de conquête d'Hitler. Aujourd'hui, il est des chefs d'Etat iraniens qui hurlant leur haine d'Israël remettent en cause la Shoah en estimant comme Adolf en son temps que la juiverie internationale doit être éradiquée, par le nucléaire si nécessaire. Ce sont ces pays terroristes qui apportent leur aide aux terroristes islamiques de tout poil. Toute action dans notre pays allant dans le sens d'un islamisme échevelé et extrémiste doit être combattu avec la plus grande vigilance. Et ça commence par défendre la laïcité républicaine devant le communautarisme religieux. Défendre tel professeur de philosophie qui critique l'Islam publiquement est un devoir citoyen, comme il est du droit de chacun de répondre point par point à ces mêmes critiques. Il est encore heureux que dans le pays des Lumières et des droits de l'homme, une opinion puisse coexister avec une autre sans que celle-ci soit victime d'une quelconque anathème. Que diable, nous sommes dans un pays de droit! Si insultes il y a, les tribunaux doivent dire le droit et non une quelconque fatwa! Dans mes classes de cinquième, j'enseigne la grandeur de l'Islam du XIème siècle, ses multiples apports scientifiques et littéraires; algèbre, chiffres, Averroès, Avicenne, La médecine moderne, nous devons tant de choses aux Arabes. Nous devons enseigner la paix entre les peuples, le respect du culte de chacun, de la confession de chacun et des choix de chacun. Par ailleurs, il est vain de le nier : nos racines chrétiennes sont présentes dans notre vie et l'influencent à chaque instant. Mais nous devons nous garder de tout prosélytisme. Je ne suis pas sûr que le modèle communautarisme prôné par la tolérante Grande-Bretagne ait porté de si beaux fruits. D'ailleurs, certain ministre commence à changer d'avis sur la question. La Burkha (voile intégrale) chirurgicale pour une patiente musulmane dans un hôpital public anglais pose un problème aussi grand que le refus de se faire opérer par un homme ou de lui serrer la main. La déformation du Coran par les illusionnistes des âmes ne finira-t-elle jamais de mener aux pires exactions? Et si nous parlions de ces piscines de Lille ouvertes certaines heures aux garçons et à d'autres aux filles? Si nous parlions de cette jeune collégienne caillassée parce qu'elle mange un sandwich au poulet ou même au jambon au moment de ramadan (va-t-on me trucider parce que je ne mange pas toujours du poisson le vendredi?) ? Enfin avec la remise en cause de la carte scolaire, va-t-on assister à la création de collège de blancs, de noirs, de jaune, de Vulcains, ou je ne sais quoi encore? Oui aux apports culturels, aux échanges, à l'écoute, à la tolérance. Et non, trois fois non à l'intolérance, à l'extrémisme, aux incantations et à toute violence physique. Pour terminer, la violence verbale peut être terrible, mais elle n'est que verbale. Elle ne tue pas, elle.

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 10:36

Modifié le dimanche 15 octobre 2006 11:28

Scolaria 2007

Scolaria 2007
Voici la dernière mouture des voyages que j'organise cette année.

- 28 février au 7 mars 2007 : Canada

- 14 au 20 avril : France (Périgord, Pyrénées et Châteaux de la Loire)

- 23 avril au 29 avril 2007 : Italie (Florence et Rome)

Vous pouvez lire les détails de ces voyages en cliquant ici et vous inscrire jusqu'au 30 octobre.

# Posté le lundi 02 octobre 2006 13:29

Modifié le jeudi 24 avril 2008 09:15